Théâtre de La Renaissance, 30 octobre 1880 ; avec :
Au premier acte, nous sommes dans la boutique de la blanchisseuse Marceline, où la jeune Mily-Meyer nous apparaît dans un costume de patronne de la plus haute fantaisie et du goût le plus comique. Nous ne nous intéresserons qu'en passant pour le moment à l'histoire de Marie Taupin, l'innocente ouvrière trompée par un séducteur qu'elle a cherché partout sans arriver jamais à le découvrir, et dans laquelle le personnel clairvoyant de la maison n'hésite pas à reconnaître la patronne.
Nous parlerons sans plus tarder de Belle-Lurette, qui est une ouvrière sage, laborieuse, et qui n'a que le tort, avec celui de commencer à s'attarder chez les pratiques, d'avoir une confiance aveugle dans les révélations des cartes. Cela n'empêche que Belle-Lurette a des amoureux, au nombre desquels se fait remarquer, par son assiduité et son désintéressement, un trio composé du baryton Campistrel, du poète Cigogne et du peintre Merluchet, tous trois étroitement unis et animés de la même pensée : être le préféré de Belle-Lurette. Tel sera le désintéressement de ce trio amoureux, que, lorsqu'un personnage mystérieux viendra tout à l'heure dans la boutique de Marceline demander la main de notre héroïne pour un grand seigneur, il renoncera d'un bloc à ses prétentions et poussera la générosité jusqu'à la conduire aux pieds de son époux aussi noble qu'inconnu. Ils seront, en tous cas, avec dame Marceline, les seuls à s'étonner de ce coup de faveur que les cartes étaient en train de prédire à Belle-Lurette. Tout cela est animé par l'irruption intermittente de gardes-françaises qui jettent une gaieté bruyante sur ce tableau, lestement conduit d'un bout à l'autre.
Le second acte nous transporte chez le duc de Marly, le grand seigneur à qui Belle-Lurette est destinée. Il a de singulières idées, ce jeune duc. Menacé par une vieille tante d'avoir à renoncer à son héritage s'il n'est pas marié à une date fixée, il n'a rien trouvé de mieux que d'envoyer son intendant Malicorne à la découverte et ce Malicorne, qui doit, paraît-il, des réparations à la corporation des blanchisseuses, lui a choisi Belle-Lurette pour mettre une sourdine à de cuisants remords. Là, par exemple, tout s'embrouille. Marceline, venue pour servir de mère à sa première ouvrière, reconnait dans Malicorne son séducteur d'autrefois. Aussitôt marié, le duc abandonne, pour une certaine comtesse, la femme de son choix, ce que voyant, celle-ci entreprend de faire du scandale sous son nouveau nom.
Enfin tout cela deviendrait inextricable si, au moment où la duchesse de Marly vient d'être nommée reine des blanchisseuses, le duc ne revenait pour tout de bon à Belle-Lurette, et si Malicorne ne consentait à rendre l'honneur à Marceline, ce que Milly-Meyer accentue d'une façon vraiment comique. Ainsi, tout se dénoue dans le cadre d'un bal champêtre au Bas-Meudon, où se passe le dernier acte de la pièce.