La Boulangère a des Ecus

Opéra-bouffe en 3 actes

A Paris, en 1718, des voleurs, lentement, s'avancent sous les piliers des Halles (chœur Sur cette place solitaire) et se cachent. Arrive un gros financier, fort bien mis, et marchant d'un pas délibéré (Après un bon dîner, il n'est rien de plus sain que de rentrer à pied), quand soudain, une dizaine de pistolets sont braqués sur lui. Tremblant, il se laisse dépouiller en douceur, montre, bijou, argent, chapeau, canne, habit, cravate, gilet. A l'instant où le financier détale, on entend au loin les pages du duc d'Orléans (chœur Nous avons chez la Cydalise) qui ne tardent pas à pénétrer sous les piliers des Halles, très légèrement gris, Ravannes en tête, et sont vite entourés par les voleurs ; hélas! ils n'ont plus un sou (Où la femme a passé, le voleur perd ses droits).

Mais le jour point et tous se dispersent, sauf un petit voleur, espérant réaliser un coup à lui seul, qui reste caché. Paraît Bernadille, perruquier de la duchesse du Maine, inquiet, effaré, tenant son mouchoir à la main ; il empoigne aussitôt le petit voleur qui venait de s'élancer sur lui, et le jette dehors avec un grand coup de pied. C'est que Bernadille est traqué par la police du Régent, ayant eu la malchance de conspirer avec M. de Cellamare. Il espère trouver refuge chez son amie la cabaretière, Toinon ; celle-ci se montre à la fenêtre, furieuse de l'absence de son amant.

Pendant qu'elle se prépare à lui ouvrir, surgissent Flammèche et Délicat, deux aigles de la police recherchant le conspirateur. Ne trouvant rien (Bernadille s'est caché derrière un pilier), ils sortent tout à coup. Soulagé, le perruquier traqué nous apprend que c'est malgré lui qu'il est entré dans cette conspiration. Il essaie de l'expliquer à Toinon, très jalouse (duetto Ainsi, te voilà), mais, au fond, plus heureuse que jamais d'aimer quelqu'un de recherché par la police.

A peine caché, ses deux poursuivants reparaissent, tournant avec suspicion autour du magasin de Toinon au moment où les Halles comencent à s'emplir (chœur Sous les piliers de la Halle) : marchands, acheteurs, agents de police vêtus de grandes houppelandes grises, puis le commissaire, déguisé en bon bourgeois (couplets Ah! le beau temps que la Régence). Flammèche informe ce dernier que le conspirateur qu'ils cherchent est très probablement là, dans la chambre de Toinon. En effet, celle-ci tombe évanouie quand elle apprend qu'ils savent qu'un homme se cache dans sa maison. La place est immédiatement cernée, tandis que s'arrête le cortège de Margot, cette boulangère de la rue Quincampoix qui a gagné tant d'argent avec les actions de M. Law (chœur Ah ! qu'elle est fière). Elle vient causer avec sa grande amie Toinon. Criquebert, son suisse, va la prévenir. Restées seules, toutes deux se lamentent sur les souffrances de l'amour (Ce qu'j'ai, tu me l'demandes ?). Margot lui promet de sauver Bernadille.

Les soldats investissent la place (chœur du populaire Encor un gueux qu'on va pincer), suivis de fifres et de tambours. Une seule personne, la Boulangère, escortée de son suisse, a le droit de sortir. Seulement, Bernadille s'est substitué à Criquebert. Le rideau tombe sur la sortie de la Boulangère et sur l'arrestation du faux Bernadille.

 

Au deuxième acte, dans une somptueuse boulangerie, s'affairent boulangères, clients, pages, grisettes (chœur Avec politesse), et Bernadille, en mitron (couplets Quand dans chaque quartier). La place de ce dernier n'est cependant pas ici, mais au four, en bas ; Margot le cache chez elle. Serait-elle jalouse ? Restée seule avec lui, elle lui avoue son amour (romance J'ai trahi ma meilleure amie). D'ailleurs, la vie de ce perruquier n'était-elle pas à elle ?

Ce délicat dialogue est gêné par l'arrivée de deux porteurs de farine (couplets Les Fariniers, les Charbonniers), n'étant autres que Flammèche et Délicat. Bernadille saisit les sacs et descend en trébuchant, dans le four. Le commissaire entre et ordonne à ses hommes de fouiller la boutique. Flammèche ramène une longue file de mitrons, Bernadille en tête, qu'il aligne du plus grand au plus petit (chœur Nous voici tous). Pour savoir qui est le conspirateur recherché, on exhibe Criquebert, vêtu comme Bernadille à la fin du premier acte. Un combat se livre dans son âme, car il aime Margot : perdre son rival ? Le sauver ? Il le sauve finalement en ne reconnaisant personne. Déçus et furieux, les gens de police sortent.

Bernadille remercie chaudement son sauveur. Margot, bien que son suisse ait fait cela pour elle, a un penchant toujours marqué pour le conspirateur (Quand on aime, on aime quand même).

La boutique est subitement envahie par une foule de grisettes conduites par Toinon (chœur Gardiennes de l'honneur des femmes), venue chercher son amant. Celui-ci, placé entre ses deux femmes, est sommé de choisir (Eh bien! quoi qu't'as ? Ton œeur hésite?). Furieuse que Bernadille choisisse Toinon, la Boulangère le livre au commissaire qui revient au galop et empoigne enfin cette personne tant recherchée.

 

Le troisième acte nous conduit au poste des soldats du guet où se dispute une partie de dés (chœur Vive le beau jeu de la drogue). Pacot, le mercier, cherche le commissaire (des garnements sont chez lui). Ce dernier apparaît, triomphant d'avoir arrêté qui on sait. Bernadille lui est amené, et c'est avec force compliments et politesse qu'il est invité à entrer dans le cachot ; il promet néanmoins que son rêve est de s'évader, ce qu'il tente d'ailleurs de faire par deux fois. Flammèche et Délicat félicitent leur chef. Délicat qui, depuis le début de la pièce, cherche qui peut bien être l'amant de sa femme, part porter une lettre à M. Leblanc, lieutenant de police.

Les pages du Régent envahissent le poste, très animés et en colère (chœur C'est toi qui dit qu'on nous arrête!) : le mercier les a fait arrêter ! Radoucis, ils constatent que le prisonnier est bien gardé et vont accueillir Toinon, venue rendre visite à son pauvre Bernadille, pendant que le commissaire part chez le lieutenant de police.

Emus en voyant ces deux amants, les pages décident de leur rendre la liberté ; pour cela, le seul moyen est de se rendre chez le Régent lui-même, malgré les hésitations de Toinon qui connaît sa réputation (Je sais qu'on n'trouv'rait pas en France).

Ils s'en vont, et cette sortie démasque Flammèche et Délicat jouant aux cartes. Mais l'homme du guet vient leur annoncer que le prisonnier est sur les toits. Ils sortent, poussant devant eux les soldats qui ont pris leurs fusils, tandis qu'à l'instant même, Bernadille dégringole de la cheminée, y remonte, puis redégringole, agrippé par Flammèche et Délicat. Cette troisième tentative est donc encore manquée.

Ces péripéties leur ayant donné soif, ils appellent une marchande de coco (qui n'est autre que Margot) et Criquebert sert à boire (Avant d'dir' qu'un' chose est mauvaise). Elle se démasque et demande brusquement d'acheter pour 200 000 écus Flammèche et Délicat. Ces derniers s'empressent d'accepter. On délivre Bernadille qui était encore sur le point de s'évader, coincé dans le soupirail. Il pardonne à Margot de l'avoir livré.

Ils vont partir, lorsque revient le commissaire. Celui-ci, en revanche, refuse de se faire acheter car le lieutenant de police vient de le féliciter et il tient à son avenir. On le fait alors prisonnier, répétant ainsi la même scène que Bernadille conduit au cachot.

Leur fuite est stoppée par l'arrivée de Toinon, escortée par la foule ; elle apporte la grâce de Bernadille. C'est finalement elle qui l'a sauvé. La pièce se termine par un double mariage, Toinon-Bernadille et Margot-Criquebert.