MISS HELYETT

Opérette en 3 actes d'Edmond Audran (1842-1901)

Livret de Maxime Boucheron.

Bouffes-Parisiens, 12 novembre 1890 (816 représentations)
Décors de Lagoanère et Larcher.

Miss Hélyett est une mignonne quakeresse, la jeune et charmante fille, la onzième, du pasteur Smithson, dont elle place les petits bouquins de propagande, à l'instar des zélés apôtres de l'Armée du Salut, et dont elle suit les principes austères ; aussi vous pouvez penser si elle trouve shocking les quadrilles échevelés, dansés au Casino de Bagnères, par une société de jeunes gens qui n'ont pas l'envie de s'ennuyer et qu'elle appelle des infidèles. Miss Hélyett sera punie, le Seigneur la guette pour avoir été trop orgueilleusement sûre de sa chasteté.
Contente d'avoir promis sa main - car son petit cœur n'a pas encore parlé -à James Richter, de Chicago, qui l'épousera à quatre-vingt-dix jours d'échéance, elle s'en va faire l'ascension d'un pic voisin. Son chapeau s'envole, elle veut le rattraper, elle est prise de vertige et roulerait dans le précipice, si un arbrisseau ne la retenait par sa robe dans une position inverse... que vous devinez. Un jeune homme se trouve là qui voit son... embarras et qui la sauve, sans apercevoir son visage - le vrai  que, par pudeur, elle a pris soin de cacher dans sa capeline. N'importe ! les textes de son père sont formels : elle n'aura pas d'autre époux que ce sauveur inconnu. Il s'agit de te découvrir...
Le clergymann d'un côté, sa fille de l'autre, épient, espionnent les baigneurs de Bagnères, sans pouvoir mettre la main sur l'involontaire spectateur. C'est qu'ils n'ont pas entendu l'ami Paul faire ses confidences à un de ses camarades en un duetto: Ah ! le superbe point de vue !  Perspective imprévue... qui est la perle de l'ouvrage, un bijou d'esprit, une merveille de délicatesse et de finesse.
A bout de recherches, et en désespoir de cause, le pasteur, désireux d'en finir, engage James Richter, qui, depuis Chicago, lui demande tous les jours la main d'Hélyett, à dire à sa fille, pour être épousée de suite, qu'il est l'homme de la montagne. Cela suffit, répond miss Hélyett, je vous appartiens.
Par malheur, le Yankee, trop bavard, laisse deviner qu'il n'a pas quitté l'hôtel où il était en train d'expédier son courrier pendant que miss Hélyett, ascensionnait, vous savez comment. Il n'est donc plus l'homme de la montagne, et tout est à recommencer... C'est alors que survient un toréador landais, le Gascon Puycardas qui, pour éblouir la senorita Manuela, son ardente fiancée, se vante de prouesses imaginaires... au point que miss Hélyett croit voir en lui son sauveur et l'arrache des mains de Manuela.
Puycardas ne s'étonne pas trop du subit amour qu'il croit avoir  inspiré à la jeune quakeresse, et se laisse surtout persuader par l'argument du pasteur - le mariage ou la vie! - qui n'est autre qu'un petit bijou de révolver, jolie merveille de précision, de la maison Crakford and Co. Ce mariage forcé va se conclure. Puycardas fait déjà ses adieux à son ex-future belle-mère, qui le pleure au moment de le perdre, et la scène donne lieu à un duo bouffe qui, au point de vue des paroles et de la parodie musicale, est des plus réussis. En cherchant à voir le portrait qu'il vient de faire d'elle avant de la quitter pour toujours, Miss Hélyett y trouve le dessin révélateur. Voici l'homme de la montagne!  dit-elle à son père, en baissant pudiqument les yeux. Cette fois, c'est, le vrai, qu'elle épouse avec plaisir : car les deux jeunes gens s'aimaient sans se l'avouer.