PAUL ET VIRGINIE

Opéra en 3 actes et 6 tableaux

Livret de Jules Barbier et Michel Carré, d'après Bernardin de Saint-Pierre

 

Opéra-National-Lyrique, 15 novembre 1876 ; avec :

 

 

 

Catalogue des morceaux

 

 

Acte 1 (premier tableau) : LA CASE DE MARGUERITE

n° 1 : Duo Mme de La Tour / Marguerite J'aime à reparler de leurs premiers ans ; ut majeur ; C

n° 1bis : Scène (Marguerite, Mme de La Tour) Ainsi, tout comme moi, tu lisais ; fa majeur ; C

n° 2 : Couplets (Mme de La Tour / Marguerite / Domingue) N'envoyez pas le jeune maître ; ré mineur ; 6/8

n° 2bis : Scène avec chœur Mais ce bruit qu'est-ce donc ? ; si bémol majeur ; 2/4

n° 3 : Scène (Virginie / Paul / Domingue) Elles partent sans moi ; ut majeur ; C

Duo Virginie / Paul Nous sommes à l'abri ; sol majeur ; C

n° 4 : Trio final Virginie / Méala / Paul Ma jeune demoiselle, ayez pitié de moi ; sol mineur ; C

 

Acte 1 (deuxième tableau) : LA PLANTATION DE M. DE SAINTE-CROIX

n° 5 : Chœur et chanson du négrillon Ah ! pauvre nègre, il te faut souffrir ; fa mineur ; C

n° 5bis : Scène (Sainte-Croix) Qui donc ose se plaindre ou chanter ? ; fa mineur ; C

n° 6 : Finale C'est lui ! ; mi bémol majeur ; C

 

Acte 2 (premier tableau) : L'HABITATION DE Mme DE LA TOUR

n° 7 : Scène (Virginie / Mme de La Tour / Domingue) Te voilà transformée ; ré majeur ; C

Romance de Virginie Nous marchions cette nuit ; sol majeur ; 3/4

n° 8 : Scène (Virginie / Domingue) Ah ! mon cœur prévoyait ;

Chanson de Domingue L'oiseau s'envole là-bas, là-bas ; fa # mineur ; 6/8

n° 9 : Scène et couplets (Virginie / Marguerite / Paul) Voyez donc, ma mère ; (ré majeur)

n° 10 : Scène et Trio-quatuor (Virginie / Méala/ Paul / Sainte-Croix) Maître ! - Toi ! pauvre créature ! ; ré majeur ; C

n° 11 : Grand duo Virginie / Paul Virginie, j'ai retrouvé ton cœur ; fa mineur ; C

n° 11bis : Scène (Méala / Paul / Domingue) Maître, ne dormez pas ce soir ! ; la mineur ; C

 

Acte 2 (deuxième tableau) : UNE FONATINE OMBRAGEE DE DEUX PALMIERS

n° 12 : Chœur Un navire quitte le port ; mi bémol majeur ; 12/8

n° 13 : Air de Virginie Bruits lointains ; ré majeur ; C

n° 14 : Scène et couplets (Virginie / Méala) Ah ! la jeune maîtresse ! elle dort ! ; sol majeur ; 3/8

n° 14bis : Scènes et finale On vient ! sa mère ! ; sol mineur ; C

 

Acte 3 (premier tableau) : UNE GROTTE SAUVAGE AU BORD DE LA MER

n° 15 : Scène (Méala) Mon jeune maître soupire ! ; ré mineur ; C

Chanson de Méala En vain sur cette lointaine rive ; fa # mineur ; 2/4

n° 15bis : Scènes et petit trio Paul, mon fils ! ; mi mineur ; C

n° 16 : Air de la Lettre (Paul) Chère mère ; la bémol majeur ; 3/4

 

Acte 3 (LA VISION)

n° 17 : Scène de la vision (Virginie / Paul) Ah ! là-bas ! là-bas, je la vois ! ; mi majeur ; C

n° 18 : Scène, Orage et Finale Maître ! - C'est toi, Domingue ! ; la bémol majeur ; C

 

Le premier tableau se passe dans la case de Marguerite, cabane de bambous, ouverte sur un paysage de l'île de France, au dix-huitième siècle. Mme de La tour et Marguerite sont occupées à filer du coton. Les deux mères s'entretiennent de leurs enfants et se sont part de leur attachement mutuel . Mme de La Tour annonce l'intention d'envoyer Paul aux Indes pour quelque temps, moins pour éprouver son amour pour Virginie que pour préparer leur bonheur futur. Domingue, le vieux serviteur dévoué à ses maîtres et presque de la famille, a entendu le projet d'éloigner Paul. Il intervient dans la conversation et chante les couplets N'envoyez pas le jeune maître vers les pays lointains ! On annonce l'arrivée d'un navire venant de France. Mme de La Tour se rend à Port-Louis avec l'espérance de recevoir une lettre de sa famille (chœur Un navire entre dans le port). Paul et Virginie, surpris par l'orage, accourent, abrités sous une large feuille de bananier (duo O joie ! ô douceur d'aimer qui nous aime ! ). Méala, épuisée de fatigue, les bras meurtris et les vêtements en lambeaux, se présente sur le seuil. Elle vient implorer un asile contre la poursuite d'un maître impitoyable. Virginie, compatissante, lui donne du lait, du pain, des paroles de consolation. Elle se charge avec Paul de la ramener chez son maître et d'obtenir sa grâce. Trio :

Oui, les cœurs que Dieu même inspire

Dans l'innocence des champs

Trouvent bien ce qu'il faut dire

Pour émouvoir les méchants.

Le deuxième tableau transporte le spectateur dans la plantation de M. de Saint-Croix, riche planteur de la Rivière-Noire. Au fond : un champ de cannes à sucre ; à droite : un pavillon dont la porte est protégée par une large véranda en étoffe rayée. Sous un soleil ardent, les esclaves au travail font entendre des accents douloureux sous les ardeurs du soleil. Un négrillon chante sur un mode mineur et avec des intonations plaintives sa misère. Virginie et Paul arrivent avec Méala. Pardonnez-lui s'écrie Virginie en s'adressant à Sainte-Croix. Le chœur est ravi : Oh ! la douce voix oh ! le doux sourire, c'est un chant d'oiseau dans l'air envolé. Sainte-Croix, subjugué, accorde la grâce de Méala. Mais la beauté de Virginie allume dans son cœur grossier une passion brutale. Méala s'en aperçoit la première, et lorsque Sainte-Croix, en l'honneur de ses deux hôtes, improvise une sorte de fête et ordonne à Méala de chanter, celle-ci les avertit qu'un danger les menace :

Parmi les lianes,

Au fond des savanes,

Le tigre est couché.

Son regard flamboie,

Il guette sa proie,

Dans l'ombre caché.

Le jour va s'éteindre,

Voici la nuit ;

Il peut vous atteindre,

Fuyez - tout fuit.

Sainte-Croix, furieux du départ précipité de Virginie et de Paul, s'en prend à Méala, responsable, et la livre à un nouveau châtiment ; danse de la bamboula, orgie du planteur, ivresse, cris de la malheureuse.

Entr'acte : symphonie la Forêt.

Le premier tableau du deuxième acte représente l'habitation de Mme de La Tour. Elle achève d'habiller Virginie et de la parer de quelques bijoux. Elle informe qu'une vieille parente la mande auprès d'elle et consent à lui laisser sa fortune à condition qu'elle partira pour la France. Virginie ne veut pas quitter sa mère. Elle lui fait la confidence de son amour. Mme de Latour, après de douces exhortations, la laisse seule à ses réflexions. La jeune fille veut savoir ce que pense de son départ Domingue, ce vieil ami qui l'a vue naître, qui l'aime ainsi que Paul. Pour toute réponse, sans la regarder et en travaillant à sa natte de jonc, il chante :

L'oiseau s'envole

Là-bas ! là-bas !

L'oiseau s'envole

Et ne revient pas.

Ah ! pauvre folle !

Reste à la maison,

Crois à ma chanson.

L'oiseau s'envole

Et ne revient pas.

Oiseau fidèle

Que Dieu bénit,

Oiseau fidèle,

Reste en ton doux nid,

Ferme ton aile,

Tu dormiras mieux

Que sous d'autres cieux.

Oiseau fidèle

Que Dieu bénit,

Oiseau fidèle,

Reste en ton doux nid.

Le désespoir de Paul apprenant la fatale nouvelle forme la contrepartie de cette scène. Elle est rendue encore plus dramatique par l'aveu que Marguerite fait à son fils de sa faute et de la honte de sa naissance. Méala revient encore une fois chercher un refuge ; mais cette fois, elle est suivie de près par Sainte-Croix. Paul le reçoit. Une discussion s'engage et se termine par la rançon de l'esclave avec l'argent envoyé de France à Virginie. Dans un grand duo, Paul et Virginie se jurent d'être l'un à l'autre (Par le ciel qui m'entend, par l'air que je respire).

Au second tableau, il fait clair de lune et on voit la mer à travers les arbres. Après le chœur et le grand air de Virginie, Méala chante des couplets auxquels des appogiatures donnent beaucoup de caractère. Virginie s'est endormie sur un banc de gazon. M. de La Bourdonnais arrive et presse le départ. Mme de La Tour réveille sa fille. La toile tombe.

Au troisième acte, le pauvre Paul, inconsolable de l'absence de son amie, lit et relit une lettre de Virginie. La déclamation en est mélodieuse et d'une sensibilité exquise :

Chère mère, vous m'avez dit

De vous mander des jours de joie

Ou de chagrin que Dieu m'envoie ;

C'est à grand'peine : on m'interdit

De vous écrire ; et moi, sans armes

Contre un si rigoureux arrêt,

Je vous fait tenir en secret

Ces mots arrosés de mes larmes.

D'autres tourments que je prévois

Me tiennent le cœur en alarmes ;

J'ai trop pleuré, rappelez-moi.

Au sein même de la richesse,

Je suis plus pauvre qu'autrefois.

Ne pouvant plus vous faire largesse

De tous les biens que je reçois ;

Il a fallu que votre fille

Se cachât des regards jaloux

Pour recourir à son aiguille

Et travailler au moins pour vous.

Hélas ! c'est là tout le mérite

De menus objets faits par moi

Que j'ai pu joindre à mon envoi

Pour vous et maman Marguerite.

A Paul cette petite fleur

Que l'on appelle violette,

Du nom même de sa couleur ;

Elle semble éclose en cachette

Sous le buisson où la trahit

Le doux parfum qu'elle recèle ;

Par les soins de Paul puisse-t-elle

Prospérer en cet humble nid

De fleurs, de mousse et de verdure,

Où notre fontaine murmure,

Où nos oiseaux chantent en chœur,

Hélas ! où j'ai laissé mon cœur !

Le fond du théâtre s'ouvre et laisse voir à travers une gaze un salon aristocratique. Virginie est invitée à chanter. Elle s'accompagne sur la harpe (Que ma chanson vers toi s'envole). On l'entoure, on la félicite. Un personnage lui est présenté : c'est Sainte-Croix. Virginie repousse avec dédain ses hommages. La vieille parente témoigne son indignation et congédie Virginie. Paul a suivi cette vision et s'écrie : Elle revient vers nous ! Domingue accourt ; en effet, on annonce l'arrivée d'un navire. Mais il est ballotté par la tempête et ne peut aborder. Paul se précipite sur la plage. Le décor change. A quelque distance en mer, on voit le Saint-Géran à demi submergé. Virginie est étendue inanimée sur le sable ; Paul est agenouillé près d'elle. Tous sont accablés de douleur. Le chœur chante :

Pauvres amants !

Séparés sur la terre

Et longtemps malheureux,

L'amour que rien n'altère

Les attend dans le ciel et commence pour eux !